Italie : Dante dénoncé pour antisémitisme, racisme et islamophobie

Italie : Dante dénoncé pour antisémitisme, racisme et islamophobie

13/03/2012 – 12h00
JÉRUSALEM (NOVOpress) – Entre les innombrables associations « antiracistes », c’est une surenchère incessante pour “faire du buzz”, attirer l’attention des médias et, in fine, ramasser la part la plus copieuse possible des subventions publiques. Dans cette course au scandale, l’association Gherush92 vient de devancer ses concurrentes en s’en prenant à Dante (image ci-dessus, fresque peinte vers 1450), c’est-à-dire aux fondements mêmes de la culture italienne.

Gherush92  (Gherush, exode, est le nom hébreu de l’expulsion des Juifs d’Espagne en 1492) est une organisation non-gouvernementale de lutte contre le racisme, qui a le statut de « consultant auprès du Conseil économique et social des Nations Unies ». Elle s’est notamment fait connaître par ses campagnes en faveur de la viande casher et hallal qui constitue selon elle « un droit de l’homme ». En décembre dernier, elle a salué comme une « grande victoire » le refus du Sénat des Pays-Bas d’adopter la loi interdisant l’abattage rituel, « après une vaste protestation nationale et internationale, à laquelle Gherush92 a activement participé ».

Après l’étourdissement des animaux de boucherie, la nouvelle cible de Gherush92 est donc Dante. Selon l’association, la Divine Comédie est antisémite puisque Judas, qualifié de « traître », y est placé tout au fond de l’Enfer (chant XXXIV), et que Caïphe y est crucifié parmi les hypocrites (chant XXII).

À l’antisémitisme se joint l’islamophobie. « Dans le chant XXVIII de l’Enfer, Dante décrit les horribles peines que souffrent ceux qui ont semé la discorde », au nombre desquels il met Mahomet. « Au Prophète est réservée une peine atroce. Son corps est ouvert de la gorge à la ceinture, de telle sorte que ses intestins lui pendent sur les genoux, images qui insultent la culture islamique. Ali, successeur de Mahomet, quant à lui, a la tête fendue jusqu’au menton » (chant XXVIII).

Pour faire bonne mesure, Dante est aussi homophobe puisque les sodomites reçoivent une pluie de feu (chant XV).

Conclusion de Gherush92 : « C’est un scandale que les enfants, particulièrement juifs et musulmans, soient contraints d’étudier des œuvres racistes comme la Divine Comédie, qui cache toutes les abominations sous l’invocation de l’art. L’antisémitisme, l’islamophobie, la haine anti-Roms, le racisme doivent être combattus en recherchant une alliance entre les victimes historiques du racisme, précisément sur des thèmes et des sujets qu’ils puissent partager, comme la diversité culturelle.
La poursuite d’enseignements de ce genre constitue une violation des droits de l’homme et met en évidence la nature raciste et antisémite de l’Italie, dont le christianisme constitue l’âme. Les persécutions anti-juives sont la conséquence de l’antisémitisme chrétien qui a ses fondements dans les Évangiles et dans les œuvres qui s’en inspirent, comme la “Divine Comédie”. » Et le mot de la fin : «Certainement, la Divine Comédie a inspiré les Protocoles des Sages de Sion, les lois raciales et la solution finale ».

Gherush92 demande donc au Ministre de l’Instruction Publique d’exclure la Divine Comédie des programmes scolaires.

Cet appel est daté du 6 janvier dernier mais semble être passé inaperçu jusqu’à hier, quand l’agence Adnkronos a décidé de consacrer une longue dépêche à cette « proposition-choc ». La machine médiatique s’est immédiatement emballée. Les réactions se multiplient. Pour le président de l’Association des chefs d’établissements scolaires (Associazione nazionale dirigenti e alte professionalità della scuola), Giorgio Rembado, «supprimer l’étude de la Divine Comédie n’aurait pas de sens, mais il pourrait y en avoir un à l’accompagner d’un apparat critique sur les thèmes du racisme, de l’homophobie, de l’islamophobie et autres semblables, en gardant cependant à l’esprit que l’œuvre de Dante ne peut certes pas être jugée avec les critères d’aujourd’hui ».

La position de Gherush92 a donc peu de chances d’aboutir à court terme – ce n’était d’ailleurs pas son objectif –, mais elle pourrait bien déboucher sur une dose renforcée de politiquement correct dans les écoles. Le simple fait qu’elle soit prise au sérieux et qu’il soit nécessaire d’y répondre – nécessaire de justifier l’étude de Dante dans les écoles italiennes ! – est en tout cas un signe des temps.