Le vice-Premier ministre anglais : plus de jeunes Noirs en prison qu’à l’université

Le vice-Premier ministre anglais : plus de jeunes Noirs en prison qu’à l’université

01/12/2011 – 08h00
LONDRES (NOVOpress) –
Les émeutes de cet été n’avaient aucune dimension ethnique, les médias l’ont assez répété, et du reste les sociétés multi-ethniques fonctionnent admirablement, c’est bien connu ! Pourtant les politiciens anglais ne cessent de parler de race. Nick Clegg, le vice-Premier ministre, a donné il y a quelques jours une conférence entièrement consacrée à la question raciale. Il y a demandé : « pourquoi le nombre des jeunes Noirs en prison est-il supérieur de 400 au nombre des jeunes Noirs dans les universités du Russell Group [le groupe des 20 meilleures universités britanniques, ci-dessus photo de l'université de Warwick] ? »

Certains trouveraient la question embarrassante mais, pour M. Clegg, la réponse est toute simple : c’est à cause du racisme. Parmi les coupables de racisme, M. Clegg a spécialement dénoncé les banques, qui « ont aussi le devoir de lancer les talents noirs et issus des minorités ethniques ». Mais, « alors que 35% des personnes d’origine noire africaine disent qu’elles veulent créer leur entreprise, seuls 6% le font vraiment ». Pourquoi ? Parce que les banques ne leur prêtent pas assez généreusement, c’est évident. « Les entreprises appartenant à des personnes d’origine noire africaine ont quatre fois plus de chances que les “entreprises blanches”, comme on les appelle, de se voir refuser des prêts purement et simplement ». En outre, « les entreprises appartenant à des Bangladais, des Pakistanais, des Afro-caribéens et des Noirs africains, ont été soumises à des taux d’intérêt plus élevés que les entreprises appartenant à des Blancs ou des Indiens ». M. Clegg a promis des mesures urgentes pour éliminer « les barrières qui empêchent les Noirs et les membres des minorités ethiques d’obtenir des prêts ». Dans le contexte économique actuel, il est effectivement urgent d’obliger les banques à prêter plus aux Noirs.

Autre coupable, auquel on s’attendait peut-être moins, le monde du football. D’après les calculs de M. Clegg, « si vous êtes un joueur blanc, vous avez une chance sur cinquante de devenir président de club. Si vous êtes un joueur noir ? Une chance sur cinq cents ». La raison, une fois de plus, ne peut être que le racisme.

Fils de banquier, éduqué à Westminster School, une des écoles privées les plus prestigieuses d’Angleterre (dont les tarifs sont actuellement de plus de 10.000 livres par trimestre pour les internes soit près de 12 mille euros, et 7.000 livres pour les externes), puis à l’université de Cambridge, entré en politique par relations familiales, Nick Clegg incarne, avec le Premier ministre conservateur David Cameron, le retour en force des privilégiés dans la vie politique. C’en est fini de la méritocratie qu’avaient représentée aussi bien Margaret Thatcher chez les conservateurs que Gordon Brown chez les travaillistes : les politiciens britanniques sont désormais issus d’un milieu social de plus en plus étroit. La BBC a consacré au phénomène, en février dernier, une émission qui a eu un grand retentissement « Posh and posher ».

 

 

Nick Clegg s’est défini publiquement comme athée et a attaqué à plusieurs reprises les écoles religieuses : il veut par exemple introduire une obligation légale pour toutes les écoles, y compris religieuses, d’enseigner que l’homosexualité « est normale et innocente ». Il y a donc eu quelques remous quand on a appris qu’il souhaitait inscrire ses fils dans la très élitiste école catholique de l’Oratoire, où les enfants de Tony Blair ont été élevés. Nick Clegg est marié à une Espagnole catholique et explique avoir promis d’élever ses enfants dans la religion catholique. Ils ont certes une école catholique beaucoup plus près de chez eux, l’école Jean-Paul II de Wimbledon. Le problème est que l’école Jean-Paul II, comme son nom le laisse présager, est beaucoup moins distinguée que l’Oratoire, et que « beaucoup d’élèves n’ont pas l’anglais comme langue maternelle ».
Pour les fils d’un vice-Premier ministre qui construit sa carrière politique sur l’antiracisme, pareille promiscuité est évidemment hors de question.

Crédit photo : Snowmanradio, licence CC.