Lampedusa : dans l’immigration, c’est la crise

Lampedusa : dans l’immigration bizness, c’est la crise

18/11/11 – 16h00
LAMPEDUSA (NOVOpress) –
L’immigration, il ne faut jamais l’oublier, est une industrie. D’un bout à l’autre de la filière, depuis les passeurs qui chargent les clandestins sur des bateaux jusqu’aux capitalistes voyous qui les exploitent, elle génère gros et petits profits. Au milieu, souvent parées de bons sentiments antiracistes, on trouve les associations qui gèrent les centres d’accueil. Elles aussi ont leurs dirigeants, leurs cadres, et leurs précaires exploités, pauvres Italiens de souche à qui leur gouvernement offre pour tout avenir, sur leur propre terre, de devenir « agents d’aide aux réfugiés » ou interprètes pour Nigérians.

Jusqu’à septembre, une des plus florissantes de ces associations, et pour cause, était la coopérative « Lampedusa accueil », en charge des deux centres pour immigrés de l’île : le principal, à Contrada Imbriacola, et un centre pour mineurs, Loran, installé dans une ancienne base de l’OTAN. « Lampedusa accueil » facturant au ministère de l’Intérieur italien 33,42 euros par clandestin et par jour, on comprend qu’elle ait brassé des millions d’euros. En neuf mois, de janvier à septembre 2011, elle avait dépensé 450.000 euros rien qu’en cigarettes. À raison de trois repas par jour pour les clandestins, elle en avait servi 650.000, pour la plupart préparés sur place. Cet été, au plus fort de l’invasion, elle se vantait de donner du travail à 130 personnes.

Las, les affaires ont brutalement pris fin en septembre, quand les Tunisiens, ayant mis le feu (photo en Une) au centre de Contrada Imbriacola et semé partout la dévastation, ont dû être évacués vers la Sicile et que Lampedusa a été officiellement déclarée « port non sûr » pour les opérations de secours aux clandestins . « Lampedusa accueil » n’a plus personne à accueillir.

La coopérative a donc licencié presque tout son personnel et, pour faire bonne mesure, sans lui payer ses derniers mois de travail – l’argent coulait à flots pour les clandestins mais il n’y en a pas pour les Lampedusains. En octobre, les anciens employés ont donc occupé pacifiquement le centre d’accueil – ou ce qu’il en reste après l’incendie. La préfecture d’Agrigente a alors versé plus d’un million d’euros à « Lampedusa accueil » qui, grâce à cette subvention publique, a payé les salaires de juillet et d’août. Mais plus de 50 personnes attendent encore leur salaire de septembre et leur indemnité de licenciement. D’autres employés se retrouveront au chômage d’ici décembre.

Deux camionnettes de la coopérative, qui servaient à transporter les clandestins depuis leur point de débarquement jusqu’à l’intérieur du centre d’accueil, ont été incendiées ces derniers jours. Le PDG, Cono Galipò, s’est dit inquiet. « Il y a certainement », a-t-il reconnu, « une grande tension sur l’île, entre autres du fait d’un contentieux entre la société et le personnel qui travaillait à l’intérieur du centre ».

En septembre, après les émeutes des immigrés, des Lampedusains en colère avaient déjà brûlé la voiture de Cono Galipò. Le PDG s’était alors dit stupéfait : « Nous avons toujours eu un très bon rapport avec la population de Lampedusa et on nous a toujours reconnu un rôle très important, puisque nous avons réussi à être au côté des habitants de l’île même dans les moments les plus difficiles ». Les habitants de l’île sont manifestement d’un autre avis.