Politique de civilisation et bling-bling
« Nous ne résoudrons rien sans retrouver le goût de l’aventure ni moraliser le capitalisme financier. Notre vieux monde a besoin d’une nouvelle renaissance. Il faut désormais mener une politique de civilisation ». Nicolas Sarkozy 31 décembre 2007.
Je ne sais pas lequel de ses gourous (Bigard ou Barbelivien) lui a soufflé ça, mais ce soir là notre président s’est fendu d’un déballage inspiré de billevesées. Le sociologue Edgar Morin, auteur du livre « pour une politique de civilisation » a aussitôt répondu à l’exalté de l’Elysée, expliquant que ce propos du Président n’indiquait pas de « direction qui aille dans le sens de mes idées ». Une contorsion polie pour nous dire que Nicolas Sarkozy qui se vante de ne jamais lire, n’a sans doute pas lu son livre ou bien n’en n’a pas pipé un mot.
« Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas » : des promesses électorales qui ont perdu de leur lustre pour cause de papillonnage politico-médiatique. Avec pour résultat un affreux sondage que notre oiseau voyageur n’a pas vu venir du haut des pyramides. Pas grave. Mardi, lors de sa conférence de presse, l’as du zapping et de l’esquive est passé à toute bombe sur l’emploi, le pouvoir d’achat et les inquiétudes légitimes de cette classe moyenne qui a massivement voté pour lui et avalé tout cru son « message de foi et d’espérance » (ça aussi, il a osé).
Notre Gramsci en herbe, « le pouvoir se gagne par les idées » avait-il déclaré pendant la campagne présidentielle, jette alors à la tête d’un parterre de journalistes médusés la réforme qui fait rêver la France : la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Et PAF ! (merci d’apprécier le jeu de mots).
Carolis, pas au courant, Albanel, pas au courant. Elle m’a fait de la peine, l’inoffensive ministre de la culture, en tentant d’expliquer aujourd’hui dans un piteux bafouillis, qu’en taxant les pubs sur les chaînes privées et les opérateurs internet, le montage financier de l’opération était nickel. « Je crois que c’est une décision très forte, j’espère définitive, sûrement définitive » bredouille t-elle dans un élan de conviction chevrotante. Une prestation miteuse qui va l’envoyer tout droit au piquet coiffée d’un bonnet d’âne au prochain bulletin de notes.
Ce qui est sûr, commentait un de mes amis, c’est qu’avec ça, on va revenir à une télévision de type « Pologne années 60 » en noir et blanc avec un présentateur vedette à l’allure de croque-mort. Bien vu. Roger Gicquel doit frémir d’impatience en repassant sa chemise blanche.
Cette conférence de presse, avec son florilège de déclarations ubuesques qui devrait faire le bonheur des chansonniers, restera à n’en pas douter dans les annales de ce quinquennat qui n’a pas fini de nous faire rigoler.
Pour les 35 heures, il ne sait plus : un jour oui, un jour non, il va bien nous trouver un petit quelque chose pour mettre en jambes un monde syndical en mal de défilé.
Les chiffres officiels des voitures brûlées lors de la nuit de la Saint-Sylvestre ne sont tombés qu’aujourd’hui. Dommage, on a raté l’explication fumeuse. 878 voitures incendiées, annonce le ministère de l’Intérieur, soit le double du chiffre annoncé par la Direction générale de la Police Nationale (397). Allez, tout ça, c’est déjà loin. Dix jours de frénésie élyséenne, ça nous fait vite oublier les misères du petit peuple…
Nicolas Sarkozy, qui n’a pas fini d’amuser la galerie, aura achevé de déposséder le Gaullisme et sa « certaine idée de la France ». Peut-être un mal nécessaire qui saura nous dépêtrer de cette atonie qui grignote notre capacité de résistance. Il ne s’agit pas de s’endormir sur cette impression de fin de civilisation.
Avoir toujours à l’esprit que la force de nos sentiments saura guider nos pas, voilà qui devrait magnifier ces belles raisons que nous avons d’espérer.
Chantal Spieler
Source : Solidarité Alsacienne